À la naissance, certains enfants présentent des organes génitaux dont l’apparence ne correspond pas clairement aux catégories habituelles de « garçon » ou de « fille ». Chez d’autres, aucune particularité visible n’est repérée avant la puberté, une infertilité ou un bilan hormonal.
Ces situations relèvent de l’intersexuation, c’est-à-dire de variations naturelles du développement sexuel. Elles concernent les chromosomes, les gonades, les hormones ou l’anatomie, et ne permettent pas de déduire à elles seules l’identité de genre d’une personne.
Comprendre l’intersexuation chez l’homme
L’intersexuation regroupe des situations dans lesquelles les caractéristiques sexuelles ne s’inscrivent pas entièrement dans les modèles typiques masculin ou féminin. Elles peuvent être présentes dès la conception, mais leur expression varie fortement d’une personne à l’autre.
Chez une personne assignée garçon à la naissance, la variation peut concerner la production d’hormones, la manière dont l’organisme y répond, la formation des organes génitaux ou la constitution chromosomique. Le terme trouble du développement sexuel, souvent abrégé en TDS ou DSD dans la littérature médicale anglophone, est utilisé dans certains services, mais il ne fait pas l’unanimité, car le mot « trouble » peut donner une image pathologique d’une réalité très diverse.
Le mot « hermaphrodite », autrefois employé dans les ouvrages médicaux et dans le langage courant, est aujourd’hui considéré comme obsolète et souvent stigmatisant lorsqu’il désigne une personne. Les professionnels privilégient généralement les termes intersexuation, variation du développement sexuel ou le nom précis de la condition diagnostiquée.

Des variations biologiques très diverses
La situation la plus connue est l’insensibilité partielle ou complète aux androgènes. La personne possède habituellement un chromosome Y et des testicules, mais ses cellules répondent peu ou pas à la testostérone et à la dihydrotestostérone, ce qui peut entraîner des organes génitaux externes féminins, ambigus ou d’apparence masculine atypique.
Le déficit en 5-alpha-réductase constitue une autre possibilité. Dans ce cas, la transformation de la testostérone en dihydrotestostérone est insuffisante, ce qui peut modifier la masculinisation des organes génitaux externes avant la naissance et parfois évoluer à la puberté.
La dysgénésie gonadique correspond à un développement incomplet ou atypique des gonades. Les chromosomes peuvent présenter différentes configurations, comme 46,XY, 45,X ou 47,XXY, mais le caryotype ne suffit jamais à décrire à lui seul l’ensemble de la situation anatomique et hormonale.
Dans de rares cas, une personne possède à la fois du tissu ovarien et du tissu testiculaire. Cette situation est appelée variation ovotesticulaire, un terme médical plus précis que l’ancienne expression « hermaphrodisme vrai ».
L’hypospadias, qui correspond à une ouverture de l’urètre située sur la face inférieure du pénis, est relativement fréquent et n’est pas automatiquement une situation intersexe. Une forme isolée ne permet donc pas de poser un diagnostic, même si une hypospadias sévère associée à une cryptorchidie ou à d’autres particularités peut justifier un bilan spécialisé.
| Variation | Caractéristiques possibles | Moment de découverte |
|---|---|---|
| Insensibilité aux androgènes | Réponse réduite aux hormones masculines, organes génitaux variables | Naissance, puberté ou âge adulte |
| Déficit enzymatique | Production ou transformation atypique des hormones sexuelles | Naissance ou puberté |
| Dysgénésie gonadique | Gonades peu fonctionnelles ou développement inhabituel | Enfance, adolescence ou bilan de fertilité |
| Variation ovotesticulaire | Présence de tissu ovarien et testiculaire | Naissance ou exploration médicale ultérieure |
Quels signes peuvent orienter vers une variation
Les signes dépendent de la condition concernée et de son degré d’expression. Certaines personnes ne présentent aucun signe extérieur évident et vivent longtemps sans connaître leur variation biologique.
À la naissance, une équipe peut observer un phallus de petite taille, une fusion inhabituelle des replis génitaux, une position atypique du méat urinaire ou des testicules non descendus. Une apparence génitale atypique ne constitue toutefois pas une urgence psychologique et ne justifie pas une décision précipitée sur l’avenir corporel de l’enfant.
Chez le nouveau-né, certains signes peuvent en revanche signaler une urgence médicale, notamment lorsqu’une hyperplasie congénitale des surrénales provoque un déficit en cortisol et des troubles du sodium. Un refus de s’alimenter, des vomissements, une grande somnolence ou une déshydratation nécessitent alors une prise en charge immédiate, indépendamment de toute question d’apparence génitale.
À la puberté, l’absence de pilosité, une croissance mammaire, une voix qui ne devient pas plus grave, l’absence de règles chez une personne élevée comme une fille ou un développement génital limité peuvent conduire à des examens. Ces signes ne prouvent pas une intersexuation : des causes endocriniennes, génétiques ou nutritionnelles peuvent produire des manifestations semblables.
À l’âge adulte, la découverte peut survenir lors d’un bilan d’infertilité, d’une exploration d’une absence de spermatozoïdes, d’une douleur abdominale ou d’une intervention chirurgicale. Une variation chromosomique peut aussi être identifiée par hasard, sans conséquence immédiate sur la santé.
Comment se déroule l’évaluation médicale
Le diagnostic ne repose ni sur l’apparence d’un corps, ni sur la voix, la pilosité ou la vie sexuelle. Il est établi progressivement par une équipe compétente, avec l’accord de la personne concernée ou, lorsqu’il s’agit d’un enfant, avec une information adaptée aux parents et à l’enfant.
L’examen clinique prend en compte les organes génitaux externes, la présence ou la position des gonades, les antécédents familiaux et le développement général. Il doit être réalisé avec respect de l’intimité, sans multiplier les gestes invasifs qui n’apporteraient aucune information utile.
Les analyses peuvent mesurer la testostérone, la dihydrotestostérone, le cortisol, les gonadotrophines et d’autres hormones selon le contexte. Les résultats doivent être interprétés en fonction de l’âge, du stade pubertaire, de l’état de santé et des traitements éventuels.
Un caryotype peut identifier une configuration chromosomique comme 46,XY ou 47,XXY, tandis que des analyses génétiques plus ciblées recherchent parfois une variation dans un gène impliqué dans la synthèse hormonale ou la réponse aux androgènes. Ces examens nécessitent une explication claire de leurs limites et de leurs conséquences possibles pour la personne et sa famille.
L’échographie, l’IRM ou, dans certaines situations, d’autres techniques d’imagerie permettent d’observer les gonades et les structures reproductrices internes. Aucun examen isolé ne donne une réponse complète : le diagnostic repose sur le rapprochement des données cliniques, hormonales, anatomiques et génétiques.
- Un signe isolé ne suffit pas à identifier une intersexuation.
- Un bilan spécialisé doit être proposé lorsque plusieurs éléments concordent ou lorsqu’un risque médical est suspecté.
- La personne concernée doit recevoir une information honnête, progressive et compréhensible.

Soins, décisions et respect de l’autonomie
Une personne intersexe peut avoir besoin d’un suivi hormonal, d’une surveillance des gonades, d’un accompagnement de la fertilité ou d’un traitement d’une affection associée. Elle n’a pas nécessairement besoin d’une intervention médicale si sa santé et son confort ne sont pas menacés.
Les opérations visant uniquement à rendre les organes génitaux plus conformes à une apparence conventionnelle font l’objet de débats importants. Lorsqu’elles ne répondent pas à une urgence fonctionnelle, de nombreux spécialistes et associations recommandent de différer les gestes irréversibles jusqu’à ce que la personne puisse participer à la décision, sauf circonstance médicale particulière.
Cette approche ne signifie pas l’abandon des familles. Les parents peuvent bénéficier d’un accompagnement par une équipe réunissant pédiatre, endocrinologue, généticien, chirurgien si nécessaire, psychologue et professionnel formé aux questions éthiques et sociales.
Le soutien psychologique ne doit pas chercher à modifier l’identité ou l’orientation de la personne. Il sert plutôt à aider à comprendre les informations médicales, à traverser les périodes de doute et à faire face aux réactions de l’entourage.
| Besoin | Réponse adaptée |
|---|---|
| Risque hormonal ou métabolique | Surveillance et traitement prescrits par un spécialiste |
| Question de fertilité | Bilan personnalisé et information sur les possibilités existantes |
| Souffrance psychologique | Accompagnement respectueux, sans pression identitaire |
| Décision chirurgicale | Évaluation de la nécessité, des bénéfices, des risques et du consentement |
Changer le regard sur les corps atypiques
L’intersexuation ne se confond pas avec l’identité de genre. Une personne intersexe peut se définir comme un homme, une femme, être non binaire ou employer une autre désignation, selon son histoire personnelle.
Elle ne se confond pas davantage avec l’orientation sexuelle. Les informations médicales concernant les chromosomes, les gonades ou les hormones appartiennent à la vie privée et ne doivent pas être exigées pour légitimer l’identité d’une personne.
Les données de fréquence varient selon la définition retenue. Les estimations les plus larges, qui incluent certaines variations chromosomiques ou anatomiques discrètes, évoquent environ 1 à 2 % de la population, tandis que les situations nécessitant une prise en charge à la naissance sont beaucoup moins nombreuses.
La qualité de l’information joue un rôle essentiel. Employer un vocabulaire précis, éviter les curiosités intrusives, protéger le secret médical et laisser une place réelle à la parole de la personne permettent de réduire la honte et les malentendus.
Donner une place au choix et à la santé
L’intersexuation chez une personne assignée homme à la naissance recouvre des réalités biologiques multiples, parfois visibles, parfois découvertes tardivement. Seul un bilan médical individualisé peut préciser la situation, sans réduire la personne à ses chromosomes ou à son anatomie.
Le suivi doit répondre à des besoins de santé réels, préserver l’intimité et associer la personne aux décisions qui concernent son corps. Une information fiable et un accompagnement bienveillant favorisent à la fois la sécurité médicale, l’autonomie et le respect de la diversité humaine.
FAQ
Non, le terme « hermaphrodite » est aujourd’hui obsolète et souvent stigmatisant. Les professionnels parlent plutôt d’intersexuation, de variation du développement sexuel ou d’une condition précise.
Une apparence génitale atypique, des testicules non descendus, une hypospadias sévère, une puberté inhabituelle ou une infertilité peuvent orienter vers un bilan, sans suffire à établir un diagnostic.
Non, l’apparence seule ne permet pas de conclure. Certaines variations sont invisibles à la naissance et peuvent être découvertes à la puberté, lors d’un bilan hormonal ou d’une exploration de fertilité.
Selon la situation, l’évaluation peut associer un examen clinique respectueux, des dosages hormonaux, un caryotype, des analyses génétiques et une imagerie des gonades ou des organes reproducteurs internes.
Non, une intervention n’est pas systématique. Le suivi répond aux besoins de santé réels, tandis que les gestes irréversibles sans urgence fonctionnelle sont souvent différés afin d’associer la personne à la décision.






