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1. Quand la personne que l’on aime apparaît en tant que transsexuel
Lui et moi, on s’est rencontrés sur le net, on se connaissait depuis cinq ans, on est ensemble depuis presque deux ans. Au début j’étais à Lille, lui à Aix-en-Provence, et puis je l’ai rejoint, il y a un an. Jusque là, je croyais à une histoire homo.
Et puis un soir, il me dit qu’il y a quelque chose dont il veut me parler. Je sens que c’est important, il éteint la lumière parce qu’il a honte, il ne veut pas que je le regarde. Il veut parler mais il a peur, peur que je ne l’aime plus. Lui et moi on vit un amour fusionnel, si l’un des deux part, l’autre meurt, c’est comme ça depuis le début. J’essaie de le rassurer, je lui dis que je l’aime plus que tout, que rien ne nous séparera. Alors il avoue, il pleure.
Je ne suis pas plus étonnée que ça, je ne le savais pas mais je sentais qu’il y avait quelque chose. Au début je ne sais pas trop quoi en penser. Je l’aime, je n’en doute pas, je sais que je resterai avec lui quoi qu’il en soit. Je suis touchée qu’il ai osé me parler, je sais que ça lui a coûté énormément. Mais j’ai peur de la suite. Sur le coup je lui dis qu’il peut toujours prendre des hormones et se faire opérer mais je n’y crois pas. Je me dis que ça va passer (pas futefute hein). Je n’en reparle pas. Mais lui oui. Il a mal, je vois qu’il est en train de crever devant mes yeux, alors je comprends, une baffe dans la gueule. Ma copine est un mec. Le temps d’assimiler, il m’aura fallu quatre mois. Quatre mois avant que je ne le comprenne vraiment et que je le soutienne.
Pardon chéri
2. Blesser sans le vouloir Toutes les gaffes des quatre premiers mois où j’ai essayé de mettre la tête dans le sable n’ont pas suffit. Un vrai boulet que je suis. Genre quand il me fait remarquer que je me suis pas rasée depuis trop longtemps, je lui réponds que lui non plus se rase plus. Régulièrement au début je mettais encore des adjectifs au féminin quand je lui parlais, où ce genre de choses. Je l’ai encore fait hier parait-il, je m’en suis même pas rendu compte. A chaque fois il s’énerve, il pense que je le prends pour un con, que je ne crois pas à sa transsexualité.
J’aimerais qu’il sache que j’suis juste nulle.
Il y a aussi cette photos que j’adore de nous, que je voulais absolument mettre dans un cadre, et il ne voulait pas, je comprenais pas. Mais il avait encore les cheveux longs sur cette photo, elle date du début, et j’insistais pour montrer ce qu’il ne veut plus voir .
3. Se mettre à nu Le sexe a pas mal évolué depuis notre rencontre. Au début on avait une sexualité assez classique pour des lesbiennes, même si lui n’aimait pas tellement la pénétration et que je ne pouvais pas toucher sa poitrine. Et puis un jour il a avoué qu’il était tenté par le god ceinture. Après une expédition au sex shop, on a trouvé une nouvelles façon de faire l’amour, mais pas complètement efficace puisque lui ne pouvait pas jouir pendant la pénétration, ce qu’il voulait absolument. Nouvelle expédition, achat d’un mini vibro qu’il pouvait se mettre dans le boxer pendant la pénétration. Taux de réussite, environ 50%, le vibro n’est pas assez précis, il glisse.
Résultat, la fréquence de nos relations sexuelles était en chute libre. Depuis quelques temps on a trouvé une solution qui nous satisfait tous les deux : je lui raconte comment il me fait l’amour dans mon imagination, lui « simule » la pénétration pendant ce temps, et finalement, parfois avec quelques caresses et parfois sans, il finit la plupart du temps par jouir. Quant à moi j’ai vraiment l’impression de ressentir sa pénétration, et même si je ne jouis pas, je prends mon pied.
Finalement ça n’aura pas toujours été simple, et notre sexualité est loin d’être conventionnelle, et même pas toujours efficace (ce qui est extrêmement douloureux pour lui sur le coup) mais elle nous correspond.
Quant à la suite, on pense à la phalloplastie, on a vu sur le net que quand c’est bien fait on peut ressentir du plaisir, ça donne de l’espoir. 4. Gérer l’ambivalence au quotidien Pas toujours facile, surtout qu’il n’est pas encore hormoné et que malgré ses pulls larges, ses jeans larges et sa casquette inexorablement vissée sur sa tête, les gens voient que son corps est celui d’un fille. Ça me gêne personnellement, que les gens ne voient pas ce qu’il est.
Pour s’habiller comme il veut il doit se bander la poitrine, un t-shirt compressif est en cours de commande. Et ensuite pour acheter ses vêtements il a toujours honte, je cherche pour lui dans les rayons, et il essaie s’il est obligé. Pour les boxers c’est encore pire, il ose même pas aller ans le rayon.
J’aimerais qu’il ait la force de garder la tête haute.
Quand il commencera les hormones on va certainement déménager, pour ne pas devoir croiser sans cesse des gens qu’il connait de vue et qui le regarderont probablement de travers. On ne sait pas trop comment faire pour les cours. Surement laisser tout ça de coté la première année l’hormonothérapie.
Pas simple à gérer, mais il mérite tous les sacrifices.
Ce qui me gêne le plus au quotidien c’est sa peur que je veuille un homme, un vrai comme il dit. Comme s’il n’en était pas un. Son manque de confiance en lui et en moi rend les sorties et les visionnages de films parfois tumultueux. Ce qui est con, c’est qu’il se trompe mais qu’il ne pourra surement jamais le reconnaitre. 5. L’entourage Notre entourage n’est pas au courant, ou presque. Juste une de ses amies, la plus proche, qui heureusement l’a très bien pris.
Ses parents sont les personnes les plus importantes à ses yeux, il aura besoin d’eux pendant la thérapie et pour la suite aussi. Il doit leur en parler bientôt, on est presque sûr qu’ils le prendront bien, mais il a peut qu’ils ne comprennent pas. Je sais que ça va lui faire affreusement mal si ça ne se passe pas au mieux. J’espère que ça va aller, bordel…
Les autres le sauront surement en temps voulu, quand il sera hormoné. ça sera le tri sélectif, mais on en est pas encore là. 6. La peur du parcours et de la chirurgie Quand voit les effets secondaires, les risques de complications… bien sûr que ça me fait peur. J’ai peur que son corps lui joue encore des tours et que ça ne marche pas comme prévu. On s’est pas mal documentés sur le net, on a vu des photos qui mettent le doute quant au résultat des différentes opérations. On se demande s’il ne vaut pas mieux économisé un moment pour payer une opération à l’étranger.
La peur est là mais au final c’est l’impatience qui prend le dessus. Impatience qu’il ait enfin le corps qui lui correspond, qu’il se sente à l’aise, qu’il ait envie de sortir, de s’acheter des fringues… qu’il trouve un peu de bonheur, il a assez souffert comme ça. 7. Fonder une famille Je n’y avais jamais pensé sérieusement avant d’être avec lui, mais de toute façon on a toujours su qu’on en aurait jamais naturellement. je sais qu’il aimerait que je porte un enfant un jour, et de toute façon il sera un bien meilleur père que n’importe quel homme, je le sais. La question c’est vraiment de savoir si on en veut vraiment un, le fait qu’il soit ftm ne rentre pas dans les critères. Peut être une FIV un jour, on verra, il y a plus important avant. Conclusion Pour conclure ? je l’aime, mon mec. Il est différent certes, mais sa différence aura renforcé notre couple. Tout ce que je souhaite, c’est que le temps passe très vite, que les hormones et les opérations arrivent, et qu’on vive une petite vie tranquille, tous les deux.
Témoignage* de Titounette (2007).
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